Un futur en noir & blanc

19.09.2013 | actualités

Bjørn Iuell, biologiste et conseiller environnement chez Statkraft.

Bjørn Iuell, biologiste et conseiller environnement chez Statkraft.

Le biologiste Bjørn Iuell, conseiller environnement chez Statkraft, est convaincu que le contraste visuel Noir - Blanc permet aux oiseaux d’éviter les éoliennes. Découvrons comment des connaissances fraîchement acquises sur le terrain (Smøla) peuvent déboucher sur des normes d’avenir pour l’énergie éolienne...

L’expérience de Smøla consiste à peindre huit éoliennes en noir et blanc, dans le but de créer un contraste visuel, repérable par les oiseaux. Sur ces éoliennes, la couleur noire est appliquée soit sur la partie basse du mât, soit sur une des 3 pales. Bjørn Iuell est chargé de coordonner ce projet de recherche innovant, mené en partenariat avec Energi Norge, Statoil, Vattenfall, Trønder Energi Kraft, la NVE (Agence norvégienne des ressources hydrauliques et de l’énergie) et le NINA (Institut norvégien de recherches sur la nature).

- Quel est l’objectif de cette expérience menée à Smøla ?

- Il s’agit de l’un des volets d’un projet de recherche dédié à l’impact du parc éolien sur les oiseaux, afin de déterminer les raisons pour lesquelles les oiseaux sont happés par les turbines. Nous avons donc entrepris de peindre une pale sur trois ainsi que la section inférieure du mât en noir sur les 68 machines du parc de Smøla.

- Quelle est l’hypothèse théorique initiale ?

- Nous pensons diminuer les risques pour les oiseaux de heurter les mâts et les rotors des éoliennes si celles-ci sont plus visibles. En peignant une seule pale en noir, on obtient un effet plus contrasté que si les trois étaient de la même teinte. Ce choix est lié aux caractéristiques optiques de l’œil des oiseaux, en particulier pour les objets en mouvement. L’extrémité des pales peut atteindre une vitesse de 250 km/h. Nous peignons également le mât des éoliennes, afin de préserver les oiseaux de petite taille dont le vol n’atteint pas la hauteur des pales.

- Pourquoi avoir choisi Smøla pour cette expérience ?

- Les populations d’oiseaux présentes dans le périmètre du parc éolien sont étudiées avec précision depuis plusieurs années, à l’aide du GPS, de radars et de dispositifs de surveillance vidéo. Il y a peu d’endroits dans le monde où l’on connaisse aussi bien les mœurs des oiseaux dans une zone éolienne, et où des recherches aussi approfondies aient été entreprises sur les pertes ornithologiques dues à ces installations. Le parc de Smøla est donc un laboratoire unique en son genre pour la réalisation d’expériences destinées à réduire le nombre d’accidents d’oiseaux, dans les parcs éoliens terrestres et marins. Ces nouveaux champs de connaissances seront non seulement utiles pour Smøla, mais également pour les autres sites de production éolienne en Norvège et dans le reste du monde. Pour Statkraft, ils constituent un atout, au moment où nous avons pour ambition de nous positionner dans le peloton de tête des acteurs industriels impliqués dans les parcs offshore de Mer du Nord.

- Avez-vous rencontré des difficultés ?

- Le projet a démarré difficilement, à cause du nombre de formalités nécessaires et de détails pratiques à régler avant de nous lancer. Vu depuis un bureau, peindre des pales et des mâts d’éoliennes pourrait passer pour une tâche facile, mais lorsque l’on sait qu’une pale mesure près de 40 mètres de long, et que le peintre doit exercer ses talents à plus de 50 mètres au-dessus du sol, la tâche se corse ! D’autant plus qu’il s’agit d’un travail dépendant entièrement des conditions météorologiques.

- Quel est l’aspect du projet qui comporte le plus de suspense ?

- Le fait que les oiseaux découvrent l’éolienne et ses pales colorées ne signifie pas nécessairement qu’ils sachent l’éviter. C’est précisément sur ce point que nous espérons obtenir une réponse au cours des quatre prochaines années, durée prévisionnelle du projet. Le nombre d’oiseaux accidentés est heureusement faible sur le site de Smøla, mais il est par conséquent difficile de mesurer l’impact de ce dispositif au seul résultat de l’évolution de la mortalité des oiseaux. C’est pourquoi ce projet fera appel à des méthodes complémentaires pour vérifier si les oiseaux modifient leur comportement.

- Quelles sont les méthodes et technologies utilisées ?

- Des aigles de mer sont déjà porteurs de dispositifs GPS, nous renseignant précisément sur les itinéraires de ces oiseaux et la manière dont ils se déplacent. Un radar spécialement conçu pour l’opération suit les mouvements de toutes les espèces ornithologiques à l’intérieur du parc, et certaines éoliennes sont équipées d’un système de surveillance chargé d’enregistré les déplacements des oiseaux à proximité directe des turbines. En parallèle, nous menons une expérience avec des rayonnements ultra-violets. Toutes ces méthodes additionnées devraient nous donner une fidèle représentation des éventuelles modifications comportementales des volatiles, liées à nos actions-tests.